Préface du catalogue « Paysages apparentés »
À l’issue d’une séance de travail, en considérant l’œuvre peinte, je m’étonne souvent. Comment se fait-il que je produise telle expression plutôt qu’une autre ? Qu’est-ce qui fait que cela m’apparaisse trop sage alors que d’autres précédentes étaient bien plus audacieuses ? Pourquoi ces couleurs fluos jetées sur la toile alors que certaines pièces sont détaillées avec du crayon ? Cette perplexité qui me décontenance ne devrait pas m’inquiéter selon l’avis du critique Claude Guibert car :« c’est justement l’expression d’une peinture vivante… »
Refusant de me « refaire », privilégiant la spontanéité et recherchant une fraîcheur dans chacune des peintures, je travaille à l’atelier sans aucune œuvre précédente dans mon champ de vision. Pourtant, force est de constater qu’au résultat, certaines semblent issues d’une même famille d’expression. Ce que j’appelle des paysages apparentés. C’est cette simple considération (au sens qui échappe) que j’interroge aujourd’hui dans cette exposition d’expressions plurielles, et sans doute profondément personnelles.
Jean-Marie Barre
12 sept. 2025
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L’oeil s’accorde au souffle
La main, qui fouaille dans l’obscur lève des formes, éveille des figures comme images transcendées de paysages, graphies d’un réel qui a rompu les amarres. Là l’oeil s’accorde au souffle de celui qui marche en Provence dans l’exaltation d’une richesse botanique – et ainsi se récrée un monde dans la réalité d’une peinture qui met les bouchées doubles. Paysages–peintures, peinture en laquelle se fond le paysage, non qu’il s’y fasse oublier, mais c’est en métamorphose qu’il s’y montre. À l’aventure de la matière outrepassant la maîtrise. Peu importent les coordonnées du motif qui moins qu’image fut ici en émotion cause de l’acte de peindre – vision, vision qui n’a de réel qu’une apparence trompeuse, évocation de parfums de terres méridionales, Provence en végétation foisonnante débordant de couleurs d’extrême générosité hors du réel qui n’apparaît là que comme souvenirs ou rêverie de l’inaccessible. Et si en son exotisme la peinture était la réalité même ? Oui, la peinture impose son monde, s’impose comme monde en lequel le peintre, Jean-Marie Barre, nous invite à le rejoindre.
Gilles Plazy Auteur et critique d’art 14/10/24
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Jean-Marie Barre : le nouveau Fauve
Attention en traversant le parcours du peintre Jean-Marie Barre : une vie peut en cacher une autre. Nous savions déjà que l’artiste, venu d’une figuration fine, précise, qu’il qualifie lui-même de transfiguration narrative, offrait à la toile des atmosphères colorées par les souvenirs. Les tableaux se trouvaient enrichis par un texte, confortant cette vocation mémorielle de la peinture. Pourtant, malgré la légitimité de cet engagement, Jean-Marie Barre a éprouvé l’impérieuse nécessité de rompre avec cet univers, sans savoir, pour autant, quelle serait la voie nouvelle.
Et ce saut dans l’inconnu il le manifeste avec un voyage au centre de la peinture qu’il entreprend en abandonnant pour un temps les pinceaux. Cette introspection s’opère à travers les lectures, les voyages, les rencontres. C’est à Berlin, tout d’abord, qu’il installe son atelier pour s’y livrer à une « Entrée en matière », cherchant sous la surface du tableau, à remonter les strates géologiques de l’histoire de la peinture, puisant à la fois dans son geste et dans sa réflexion, les éléments fondamentaux de cette pratique, comme dans une sorte d’archéologie mentale indispensable. Il faut en passer par le noir et blanc comme une remise a zéro indispensable. Bientôt le rouge réapparaît au service d’une abstraction gestuelle sans repentir avec la série « Triad of colors, Black, red, white » de 2014 .
Le besoin de changement se confirme avec les voyages. A Los Angeles, en 2017, la série Open eyes / structures et cercles confronte gestuel et structure.
Avec cette deuxième vie, Jean-Marie Barre accède à une pratique qui, sans qu’on le décèle encore totalement, porte les prémisses de son travail actuel. La superbe série « Botanic » de 2018, conserve les attributs d’une peinture abstraite et gestuelle tout en nous faisant envisager avec son titre qu’il pourrait bien s’agir d’une figuration en devenir. L’autre indication sous-jacente de cette série tient à l’emploi d’une couleur fluorescente avec usage de la bombe.
Et c’est aujourd’hui qu’une troisième voie, une troisième vie, s’ouvrent.
Après ces mouvements telluriques qui ont bousculé sa peinture, le peintre atteint un point d’équilibre particulièrement remarquable dans la série «Vie personnelle » de cet été 2023. Avec cette conjonction d’une figuration renouvelée et d’une abstraction gestuelle, Jean- Marie Barre, recourant à une couleur fluorescente transgressive, se pose en « nouveau fauve », héritier de ces peintres du début du vingtième siècle magnifiant avec audace la Provence méditerranéenne. Du « Chemin de Beaumes » à « Behind Gigondas » un sillon est tracé, portant en lui les acquis de ses vies antérieures pour déboucher sur cette somptueuse voie lactée.
Cette fois nous y sommes ! serait-on tenté de lancer à l’intention d’un artiste qui a fait du doute un mode opératoire. Formons le vœux de voir Jean-Marie Barre s’épanouir dans cette création aboutie.
Claude Guibert,
critique d’art et commissaire d’exposition
Septembre 2023
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Un appel au motif :
Pris dans des mois de remise en cause matérielle consécutivement à la pandémie, il a fallut se faire confiance pour réémerger – dès les bases du futur atelier posées…
C’est là que la nécessité s’est déplacée. Autant pendant une décade, il ne fut question que d’abstraction : pure, audacieuse, émergente, évoluant par séries. Autant là, cette sortie de crise me décalait sans que je sache pourquoi, vers une figuration, empruntant cependant beaucoup aux étapes précédentes : nécessité de travailler la matière peinture à la main, directement sur la toile, sans préparation ou presque et dans une gestuelle improvisée, énergique, comme aussi, une palette succincte et instinctive.
Mais où cette fois-ci il est l’envie de dire, figurer, traiter un sujet, jusqu’à y adjoindre désormais- un titre.
La vie, la force, l’innocence parfois, continuent à alimenter ma création, mais si j’ai renié fermement jusqu’à peu (au point de souvent détruire) tout effet de décoration – aujourd’hui je l’accepte. C’est comme une tolérance nouvelle, une intransigeance effacée.
Le pittoresque parfois me séduit. Dans des paysages par exemple. Mais je ne délaisse pas le goût de dire, de parler de perspectives sociales, ou plus souvent d’intuitions – comme les ont les artistes. À d’autres moments je vais évoquer des bribes d’histoire personnelle mais aussi collective. Et le titre, aura, cette fois-ci sa part d’importance dans la lecture de l’œuvre.
C’est sur ces chemins que s’inscrit ma nouvelle nécessité.
Région de Montpellier, 19 août 2023